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L’occident s’approprie-t-il la culture du yoga ? Partie 2

5/31/2017

Dans la première partie de ce questionnement, auquel je ne prétends pas complètement répondre, j’ai évoqué les raisons qui m’ont poussé à cette réflexion. Née surtout en Inde, la philosophie du yoga se voit reprise et transformée par l’Occident. Aujourd’hui tendance, le yoga est marketé  pour des individus a priori blancs, plutôt de sexe féminin et minces. 

D’un côté, mieux vaut se réjouir de l’expansion à travers le globe du yoga ! Plus les pratiquants seront nombreux, plus ce monde sera agréable à vivre. C’est naïf, mais j’y crois. Nous verrons sur le long terme si cette adhésion résulte d’une simple tendance et si le nombre de pratiquants diminuent drastiquement d’un coup dans le futur. 

D’un autre côté, cette appropriation par l’occident d’une philosophie millénaire conduit de plus en plus à une dénaturation de la discipline. Ce n’est pas un jugement de valeur, seulement un constat. Les cultures de l’Orient et de l’Occident sont si différentes qu’il faut évidemment en passer par là, dans un premier temps, pour transmettre cette philosophie au plus grand nombre. Mais attention à ne pas travestir, déraciner voire insulter le yoga et ses grandes figures. Voici quelques comportements sur lesquels méditer et se reprendre.
 

Vous considérez le yoga uniquement comme une activité physique
Je l’ai dit et le redit, je ne crois pas que les élèves, même les débutants, pratiquent le yoga comme ils pratiqueraient le fitness. Sinon… ils feraient du fitness ! Il est vrai que beaucoup de pratiquants se mettent au yoga pour bouger. Mais pas sans raison.

Bouger, se concentrer sur ses mouvements, sur l’union de ceux-ci avec le souffle, sur l’alignement, c’est aussi un moyen de débrancher son intellect, de s’accorder une pause quotidienne, de retrouver son soi plus profond. C’est aussi une façon de se défouler, de relâcher les tensions, de se débarrasser par l’action des énergies négatives accumulées.

Peut-être que certains commencent effectivement à pratiquer pour avoir des abdos, réaliser de belles postures ou simplement parce que le yoga est « tendance ». Ceux-là finiront pas s’ennuyer ou pas s’enfuir lorsque le professeur introduira davantage de concepts plus profonds dans ses cours. Petit à petit, les élèves investis découvrent autre chose que les asana (postures) : un code moral, une façon d’appréhender la vie, de se connaître, de s’affirmer grâce aux savoirs transmis par les maîtres indiens et leurs disciples internationaux qui nourrissent de leurs réflexions la philosophie et la science du yoga.


Mais c’est un fait : de plus en plus de cours de yoga se concentrent uniquement sur l’aspect physique de la discipline. Beaucoup incluent aussi de plus en plus d’exercices de fitness à leurs séances. Pourquoi pas ! Tous les styles peuvent cohabiter. Mais admettons seulement qu’il ne s’agit plus vraiment de yoga, mais d’un exercice inspiré du yoga. À vous de le nommer et d’inventer votre discipline.

Vous utilisez maladroitement des objets sacrés
Certains yogis agrémentent leur quotidien, leur séance, leur espace de pratique d’objets sacrés (bols chantant, mala, etc.) dont ils méconnaissent la symbolique ou l’usage. Ces dits objets se transforment alors en accessoires purement décoratifs qui servent à conférer une aura exotique et prétendument authentique à un décor, une tenue. Que penseriez-vous si les symboles de votre foi ou de votre histoire étaient réduits par d'autres à un usage folklorique ?

 

Vous employez le sanskrit sans le comprendre
Durant leur TTC (Teacher Training Course), les futurs professeurs apprennent des Kirtans (prières chantées pour le divin) et des mantras (paroles répétées qui aident à se concentrer pour éviter l'excès de pensées vagabondes). Ils en étudient le sens, en travaillent la traduction, adhèrent ou non à leur signification et certains d’entre eux choisissent de les réciter ensuite lors de leur propre pratique ou en cours à leurs élèves. Parfait.

À l’inverse, réciter un mantra dont on ne connaît pas le sens ou dont on a oublié la signification n’a aucun intérêt. Comme pour le point précédent, cela revient simplement à imiter une culture dont on ne nie les codes. Alors que rien ne vous oblige à utiliser le sanskrit ! Rien ne vous force aussi à énoncer les mantras d’ouverture et de fermeture, surtout s'ils ne reflètent pas votre pensée ou si le sens vous échappe.

Par contre, joignez-vous au(x) chant(s) si les sonorités suffisent à vous apaiser ou à provoquer un sentiment en vous. Mais faites l’effort d’aller au-delà. Utilisez le sanskrit consciemment, par conviction et non par suivisme. 

 

Vous traitez le yoga comme une marchandise
Le yoga permet de se réaliser, c'est-à-dire de s’accomplir pour donner naissance à la meilleure version de soi. Une discipline pareille, issue d’une culture si différente de la nôtre, doit traverser et affronter de nombreux changements pour convenir au système capitaliste occidental. Aujourd’hui, beaucoup de studio de yoga s’adressent à une élite. Il faut en effet posséder un pouvoir d’achat suffisant pour pouvoir s’offrir un abonnement annuel à 1 400 €. Ce genre de pratique est pourtant de plus en plus courant dans les grandes villes. Bonjour la diversité des élèves dans ces cours… À l’inverse, certains professeurs se voient gronder par les pratiquants lorsqu’ils proposent des séances de 1h30 à 10 €, car « ce n’est pas très yoga de se faire rétribuer pour enseigner cette philosophie ».

 
Mon avis : je souhaite, pour ma part, rendre le yoga accessible à tous. Que cela reste inclusif au lieu de devenir exclusif. Aujourd’hui, je passe la majorité de mon temps à enseigner. Et mon planning, pleins de trous et changeant, me permet à peine de garder en parallèle un travail en freelance. En plus de cela, je continue de me former, de rechercher et de préparer mes cours, ce qui demande beaucoup de temps. Je vis donc principalement de cet enseignement. Il me faut donc me rémunérer un minimum.

L’idéal est de trouver le prix juste, celui qui vous permet de payer vos factures, votre loyer, de vous nourrir, de mettre de côté pour les formations de yoga et l’avenir - beaucoup d’entre nous sommes auto-entrepreneurs et, en cas d’arrêt, nous ne bénéficions pas du chômage. Il faut aussi donner suffisamment d’options aux élèves pour que chacun s’y retrouve selon ses moyens.

Bien sûr, d’autres préfèreront monter les prix pour dégager des marges plus importantes, pouvoir consommer davantage, augmenter leur train de vie, se payer des vacances de luxe. Ils vont de fait cibler une clientèle spécifique. On peut déplorer cette vision marketing et mercantile du yoga, malheureusement de plus en plus présente.

 

N’hésitez pas à me faire part de vos remarques, surtout en cas de désaccord ;)

 

Bonne pratique !

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