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Extrait du journal d’un yogi : Les flexions vers l’arrière et moi

7/22/2018

Il y a quelques semaines, j’étais persuadée d’avoir brisé les barrières psychologiques et physiques que m’opposaient les flexions vers l’arrière. Six mois auparavant, après une première incursion dans la série intermédiaire de Ashtanga*, j’avais rétropédalé et arrêté tout asana intense de ce type. Par exemple : Ustrasana et Kapotasana.

Je m’en tenais alors à ceux présents dans la première série de Ashtanga comme le chien tête en haut (Urdhva Mukha Svanasana) et le pont (Urdhva Dhanurasana). 

 

Les autres provoquaient un pincement aigu qui semblait crisser dans le bas de mon dos, au niveau des vertèbres L1-L5. Si nous sommes tous plus mobiles à cet endroit de la colonne qu’ailleurs, ces dernières agissent chez moi comme des charnières. Résultat, je me reposais sur ces vertèbres lombaires , sans le vouloir et sans savoir comment contrer cette conséquence.

Une flexion vers l’arrière implique un étirement (très) intense de tout l’avant du corps et une compression des dorsaux qui active les muscles supportant la colonne vertébrale. La contraction devrait donc principalement être musculaire et non articulaire. Je ressentais pourtant l’inverse, avec une perception très aigüe et désagréable des disques situés entre les vertèbres lombaires.

Une partie du problème, dans ma progression au sein de la série intermédiaire de Ashtanga (Nadi Shodana), résidait dans cette incapacité à déterminer si ma sensation relevait de la douleur ou de la gêne. La limite peut parfois être floue. J’ai donc décidé d’arrêter les flexions vers l’arrière intenses un temps, estimant que cette sensation relevait probablement d’un mauvais engagement de Mula bandha et Uddiyana bandha (verrouillages du plancher pelvien et du bas de l’abdomen) , couplée à une incapacité à respirer correctement.

Pour cause ! Pendant une flexion vers l’arrière, les poumons sont très étirés et le coeur bat plus rapidement. La respiration s’accélère et l’on peut vite avoir l’impression de suffoquer. Ou alors, dans mon cas, de complètement bloquer la respiration.

Résultat, je quittais avec hâte la posture et donc le moins attentivement possible, accentuant les difficultés ressenties dans la nuque et les lombaires.
 J'en ai conclu que je voulais aller trop vite, sauter des étapes et que je n’étais tout simplement pas prête pour ces flexions vers l’arrière plus intenses. Je les ai donc complètement arrêtées, pour me concentrer à nouveau sur les postures de bases énoncées en début d’articles. Je travaillais essentiellement à :

 

1) Ressentir, activer et engager les bandhas nécessaires.

2) Renforcer les dorsaux par des exercices simples mais efficaces.

3) Identifier et mobiliser davantage les parties moins mobiles de ma colonne [entre T4 et T7] pour redistribuer l’énergie et créer de l’espace dans toute ma colonne - au lieu de laisser mes lombaires porter à eux seuls le lourd fardeau d’une flexion vers l’arrière.

4) Ouvrir le plexus solaire vers le ciel ou lieu de laisser la pesanteur m’attirer vers le sol bien que je parte en arrière.

 

Des semaines, des mois se sont écoulés et… j’en suis restée là, de plus en plus confortable dans ces exercices mais pas du tout prête à aller de l’avant, quelque peu hantée par mes sensations passées. 

 

C’est en écoutant Laruga Glaser disserter sur le sujet [voir la vidéo en anglais, ci-dessous] que tout s’est débloqué. J’ai compris que, oui, notre corps est façonné pour fléchir vers l’avant. Non l’inverse. Inclure des flexions vers l’arrière, qui peuvent donc paraître contre-nature et qui engendrent une résistance, va souvent provoquer chez le pratiquant toutes sortes de réactions intenses tant le système nerveux sympathique est sollicité. Et c’est normal.

La peur, l’inconfort, le stress font partie de l’expérience de la pratique posturale. Par contre, il ne faut pas s’accommoder de leur présence désagréable ni les fuir ! Mais il convient plutôt de d’observer, de comprendre ces sensations et ces émotions pour les vaincre. C’est en explorant ces ombres, en répétant encore et encore et encore ces postures qui nous défient que le pratiquant peut les dompter. Et finalement apprendre à traverser la tempête avec calme.

 

Je suis donc retournée au front, il y a environ deux mois. Et, comme par magie (ou plutôt grâce au travail énoncé plus haut), l’univers des flexions vers l’arrière semblait s’offrir à moi : Ustrasana, Kapotasana et d’autres, tel que le scorpion dans Pincha Mayurasana (qui ne figure pas dans Nadi Shodana), me paraissaient certes intenses mais accessibles. Je me sentais progresser de jour en jour, de plus en plus à l’aise, et capable de respirer (presque) calmement en chacune d’elles.

 

Et puis, il y a de ça une semaine ou deux, le charme s’est rompu sans que je sache pourquoi ni comment. À nouveau l’inconfort, la gêne, la difficulté à respirer et à créer de l’espace sont apparus lors de mes pratiques. 

 

Sauf que je ne fuis plus. J’affronte la série intermédiaire en Ashtanga yoga, en défiant Kapotasana tous les jours, capable de le faire mais jamais certaines de mes réactions et de mes sensations. Et j’apprends : de mes difficultés, de mon ego, de mon caractère, de mes habitudes, de mon corps. 


J’en suis là de mon voyage au coeur des flexions vers l’arrière. Et vous ?

 

À bientôt sur le tapis,
Marie.

 

 

*sur l’avis de mes professeurs à l'époque.

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