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Le yoga, pas pour moi ?

12/6/2016

« Mince, jeune, souple… pas nécessaire pour faire du yoga. » En vagabondant sur internet, je suis tombée sur cet article de Ann Marie Johnston, la fondatrice du site YogaMate - sorte d’outil à l’usage des professeurs de yoga.

 

Le gros de son propos se résume à cela : depuis quelques temps, la majorité des photos qui défilent sur Instagram, Pinterest & co sous les hastags #yoga #yogaeverydamnday et autres véhiculent à l’unisson une image du yoga inaccessible, intimidante, élitiste. Les pratiquants, souvent des jeunes femmes longilignes, se montrent dans des positions avancées sur fond de paysages exotiques, toujours selon Ann Marie Johnston. Et il serait difficile de la contredire !

 

Ces postures s’accompagnent d’une citation ou d’une prose telle que « respirez et tout deviendra possible ». Je caricature, mais vous me suivez. Les mini-biographies de ces jeunes femmes font aussi souvent allusion à un passif de danseuse ou de gymnaste. Résultat, l’imaginaire collectif associe de plus en plus le yoga à une activité physique contorsionniste nécessitant quelques pré-requis comme la souplesse, la minceur. Breaking news : vous n'êtes PAS obligé de mettre vos pieds derrière votre tête pour faire du yoga - mais peut-être que ça viendra ;) 

 

L’article publié sur YogaMate m’a beaucoup fait réfléchir. D’un côté, l’existence de ces images ne m’embête pas. Pas du tout même. Ces yogi publient bien ce qu’ils souhaitent, ils/elles ont le droit d’être fièr(e)s de leur travail et de leurs progrès. Qu’importe leurs motivations, qu’ils veuillent se faire mousser ou juste en inspirer d’autres à pratiquer - ce qui doit plus souvent être le cas, je pense. Si les images de ces yogi dérangent ou énervent certains, qu’ils se désabonnent des comptes en question. C’est assez simple.

 

Le problème, par contre, résulte dans les conséquences de ces images publiées en masse. Combien d’intéressés par le yoga, surtout par ses pratiques les plus dynamiques (Vinyasa, Ashtanga, Bikram, etc.), prétendent pourtant « le yoga, ce n’est pas pour moi » ? Ils hésitent à passer la porte d’un studio parce qu’ils se pensent trop raides, trop mous, pas assez « fit ». Parce qu’ils ne portent pas le bon legging. Quel comble ! 

 

D’abord, le yoga ne se résume pas à quelques jolies postures. Le yoga ne se résume même pas à une activité physique. Il s’agit plutôt d’un mode de vie avec ses valeurs, ses préceptes et ses techniques pour améliorer l’existence de chacun (activité physique, méditation, techniques de respiration).

 

Ensuite, le yoga n’est pas une compétition. Certes, ça le devient : c’est à celui qui aura le plus de certificats, le plus de voyages "yoguiques" au compteur, la meilleure pratique, les postures les plus avancées à son palmarès. Comme partout, les yogis cherchent aussi à « se vendre » et à flatter leur ego. Après tout, ils sont humains. Et moi-même, je n’y échappe malheureusement pas toujours. 

 

Tout ceci est pourtant bien loin des valeurs véhiculées par la philosophie des différentes écoles du yoga. L'idée de ce mode de vie étant, dans un premier temps, de se concentrer sur soi pour se reconnecter avec ses sensations, sa respiration, son corps. Être conscient de ce que l'on ressent, de ce que l'on fait à l'instant T. Mais si le regard se balade sur ses camarades de cours, c'est mission impossible.

 

Qu’on se le dise une bonne fois pour toute : le yoga est accessible à tous. Avant mon tout premier cours, j’étais très, très, très loin d’être sportive. J’ai bien fait de la danse et de la gym de mes 5 ans à mes 8 ans. Pas plus. Alors oui, c’est vrai, je suis plutôt souple. Est-ce que cela m’a aidé au début ? Pas vraiment. J’avais beau être souple, je n’étais pas capable de mener jusqu’à leur forme finale beaucoup de postures. Je ne pouvais même pas toucher le sol du bout des doigts en Uttanasana

 

Pourquoi ? Parce que je n’utilisais pas du tout ma respiration. Ou plutôt, parce que je ne savais pas respirer. Mon souffle était très superficiel, courte et s’accélérait à chaque effort pour devenir complètement irrégulière. Elle ne me permettait pas de créer de l’espace dans ma colonne, mon corps. Elle n’oxygénait pas assez mes muscles. La respiration est clé en yoga. Sans elle, vous n’irez pas bien loin. Parallèlement, pour éviter les blessures lors d’une pratique régulière et sur le long terme, mieux vaut aussi apprendre à bien ressentir les mécanismes de son corps en jeu dans chaque posture. Ai-je le bas du dos cambré ? Mes épaules sont-elles crispées, proches de mes oreilles ? Mon bassin est-il aligné ? Est-ce que j’active mes abdominaux profonds et les muscles qui servent au maintient de ma colonne ?

 

Se mettre au yoga, où commencer ?

 

Maîtriser sa respiration, comprendre et ressentir les postures, voilà ce qui me paraît être fondamental à toute pratique. Je crois alors, ce n’est que mon avis, qu’il est préférable pour un grand débutant de s’orienter d’abord vers des cours de Hatha ou de Yin Yoga. Et là, vous vous dites « mouai, c’est un peu mou ça, non ? ». Vous avez peut-être envie de transpirer, de brûler des calories, de gagner en force ou en tonus. Mais à quoi bon se précipiter dans des cours de yoga plus dynamiques, comme le Ashtanga ou le Vinyasa, si vous êtes haletant, si vous terminez avec des courbatures, la tête pleine de questions, avec la sensation de ne pas franchement être apaisé par les cours suivis.

 

Alors, bien sûr, il est possible de débuter en se lançant directement en Ashtanga, par exemple. Vous apprendrez en pratiquant, en commençant à essayer de respirer dans les postures, en utilisant différentes variations. La magie du Ashtanga, c’est qu’à force de répétition et de discipline (puisqu’il s’agit toujours de la même série) vous progresserez à coup sûr. Vos débuts seront peut-être brouillons ou frustrants, mais vous évoluerez.

 

La pratique du yoga requiert de la patience, beaucoup de patience. Pour intégrer des changements en profondeur, le corps et le mental ont besoin de temps, de discipline. Vous êtes raide comme un balai ? Tant mieux ! Vous ne pouvez que vous améliorer. 

 

Les individus sont par essence différents. La morphologie et la physiologie d’un(e) tel(le) n’est pas toujours semblable à une autre. Peut-être me faudra-t-il deux fois moins de temps pour « maîtriser » le pigeon royal qu’un(e) autre yogi. Et peut-être n’arriverai-je jamais à poser le sommet de mon crâne sur le sol en prasarita - cette posture aura ma peau ! Cela me rend-il moins accomplie ? Non, surtout pas ! La pratique du yoga me fait du bien, me rend heureuse, plus solide, plus équilibrée, plus sereine. Et c’est tout ce qui compte.

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